Aperçu du marché du livre en Australie

Forte d’une population croissante, qui s’élève aujourd’hui à 24,5 millions d’habitants, l’Australie jouit d’une bonne réputation internationale. Comptant parmi les grandes puissances économiques du monde, épargnée par la récession depuis plus de 25 ans, l’Australie est un pays politiquement stable vivant dans un régime démocratique et une économie de libre marché, avec une croissance économique annuelle de 2,4 % en 2016, une inflation de 1,5 % et un salaire hebdomadaire moyen de 1164 $. Si la confiance des consommateurs régresse un peu, surtout avec l’augmentation du chômage (actuellement 5,4 %), du sous-emploi et des inégalités, les niveaux de vie et de bien-être sont généralement considérés parmi les plus élevés au monde.

Au cours des prochaines semaines, nous publierons certains extraits de notre guide de marché, Selling Canadian Books in Australia, préparé par le spécialiste de ce marché, Michael Webster. Dans la publication d’aujourd’hui, nous présentons un aperçu du marché de l’édition en Australie.

Taille du marché et représentation

Les éditeurs australiens sont représentés par deux organismes, l’Australian Publishers Association (APA), plus grande et établie de longue date, et le Small Press Network (SPN). En plus de représenter tous les éditeurs de littérature générale, de ressources pédagogiques, de revues et de produits numériques, l’APA mène d’importantes activités de lobbying, de recherche et de défense des intérêts pour le secteur. Elle fournit également à ses membres un accès à TitlePage, qui offre gratuitement à 3 000 libraires et bibliothécaires le prix courant, la disponibilité et les stocks des livres physiques et numériques de plus de 140 éditeurs et distributeurs. Les éditeurs et distributeurs membres de l’APA peuvent faire partie de TitlePage grâce à un abonnement annuel à prix avantageux, qui varie en fonction de leur chiffre d’affaires et du nombre de titres qu’ils souhaitent présenter. Une liste des éditeurs membres (jeunesse, universitaire et revues, scolaire, postsecondaire et professionnel, grand public) peut être consultée sur le site Web de l’APA.

L’autre association du secteur, le Small Press Network, a pour mission première d’aider les éditeurs nouveaux et émergents à se développer, au moyen de conseils généraux sur le secteur et la tenue de sa conférence annuelle, l’Independent Publishing Conference (IPC), la seule conférence sur le domaine de l’édition qui se tient en Australie.

Selon les statistiques de l’APA sur les entreprises pour 2016, tous les secteurs de l’industrie du livre maintiennent leur rentabilité, surtout les éditeurs scolaires et postsecondaires, où les marges augmentent à mesure que les frais généraux diminuent. Les ventes de livres numériques grand public se sont stabilisées à environ 20 % pour les livres pour adultes et à 3 % pour les livres jeunesse/jeunes adultes, alors que les livres numériques représentent aujourd’hui 14 % des ventes dans le marché des écoles secondaires, avec 34 % des écoles ayant acheté des livres numériques en 2015, comparativement à 28 % en 2013. Les abonnements numériques – principalement de fournisseurs étrangers – continuent de dominer le secteur des manuels postsecondaires. Le format EPUB demeure la norme pour la production de livres numériques, EPUB3 étant le plus couramment utilisé.

Les ventes de produits imprimés australiens (y compris les coéditions) représentent 36 % des revenus réalisés dans le secteur du livre grand public, 70 % dans le secteur scolaire et 35 % dans le secteur postsecondaire.

Si les taux de retours sont en baisse au fil des ans, ils se maintiennent à près de 15 % pour les éditeurs grand public (47 % des retours sont détruits plutôt que renvoyés dans les stocks), bien au-dessus du taux pour les livres jeunesse.

Production de l’édition

En 2016, en Australie, 4 247 entités différentes du secteur de l’édition ont publié 22 144 nouveaux titres (imprimés et numériques, toutes catégories). Cela représente une augmentation de 10,8 % par rapport à la production de 2015, mais une baisse par rapport aux 28 234 titres publiés en 2013, une année record, où de nombreux ouvrages de fond ont été convertis et publiés en format numérique. Pour la production de 2016, 26 compagnies ont publié plus de 100 titres, 91 ont chacune produit de 20 à 99 titres, et 295 ont publié de 6 à 29 titres. À l’autre extrémité du spectre, 1 356 maisons ont publié de 2 à 5 titres, et 2 479 ont fait paraître seulement un titre au cours de l’année, ce qui reflète la croissance de l’autoédition et du nombre de nouveaux éditeurs.

Agents

Créée en 2003, l’Australian Literary Agents’ Association (ALAA) représente les agents du pays, depuis l’agence Curtis Brown, la plus grande et la plus ancienne, jusqu’aux petites agences spécialisées dans des genres bien précis. L’adhésion à l’ALAA est un gage de crédibilité, même si trois ou quatre agents n’en font pas partie. La crédibilité repose sur son code de pratique et ses conditions d’adhésion, notamment le fait que les membres doivent exercer leurs activités de représentation d’auteurs depuis au moins trois ans ou avoir été responsables de l’exécution d’au moins dix contrats. Les agents qui ont obtenu plus de 250 000 $ en commissions sur une période de deux ans peuvent aussi adhérer à l’ALAA.

Pour les petits et moyens éditeurs canadiens qui souhaitent vendre des droits en Australie, il est probable que les éditeurs ou agents australiens intéressés insisteront pour inclure la Nouvelle-Zélande dans toute entente territoriale d’exclusivité, qu’ils s’attendront à un tirage initial de 3 000 à 5 000 exemplaires, offriront une avance modeste (de 3 000 $ à 5 000 $ en moyenne) et paieront des redevances de 7,5 % à 10 % du prix de détail australien recommandé (moins TPS) pour les livres et 25 % des recettes nettes pour les ventes de livres numériques.

Les éditeurs australiens qui souhaitent vendre des droits aux éditeurs canadiens s’attendront habituellement à des tirages initiaux de 1 000 à 5 000 exemplaires, à une avance de 2 000 $ à 5 000 $ (70 % étant versés à l’auteur) et à des redevances minimales de 10 % des recettes nettes de l’éditeur. Il est probable que les droits audio seront également retenus. Des agents interrogés pour la production du présent document rapportent que les éditeurs américains insistent de plus en plus pour que les droits pour le Canada soient inclus avec les droits pour les États-Unis, en particulier pour les auteurs et ouvrages très connus. Cela ne veut pas dire que les droits ne peuvent pas être séparés (et ils le sont souvent déjà), mais cette tendance mérite d’être soulignée.

Tous ceux à qui nous avons parlé s’entendent pour dire qu’il est essentiel d’avoir un contact personnel avec les éditeurs et agents australiens si l’on veut établir de bonnes relations et bien connaître le marché. La meilleure façon de le faire est de se rendre en Australie ou de planifier des rencontres avec les éditeurs et agents australiens à l’occasion des foires internationales du livre. Certains ont également affirmé que, même lorsqu’une entente de vente/d’achat de droits est négociée directement entre deux éditeurs, il est probable que les deux parties souhaiteront faire intervenir des agents, dont la commission représentera de 10 % à 15 % des gains.

Auteurs

Avec environ 3 000 membres tant en Australie qu’à l’étranger, l’Australian Society of Authors (ASA) est l’association professionnelle regroupant ceux et celles qui écrivent ou font des illustrations pour publication. On peut toutefois affirmer que si l’ASA compte de nombreux membres, ceux et celles qui œuvrent dans l’édition scolaire (surtout des enseignants) y sont sous-représentés. En plus de faire valoir les intérêts de ses membres auprès des éditeurs et du gouvernement, l’ASA recommande des conditions contractuelles minimales que les auteurs devraient accepter des éditeurs, auxquelles s’opposent souvent les éditeurs. L’ASA prépare actuellement pour ses membres une « ébauche de contrat » révisée.

En février 2015, afin de mieux comprendre les répercussions des changements technologiques sur les auteurs, plus de 1 000 auteurs de livres australiens ont été sondés en ligne par des chercheurs de l’Université Macquarie. Publiés en octobre 2015, les résultats indiquent que le revenu moyen des auteurs en Australie, incluant toutes leurs sources de revenus, était de 62 000 $, alors que le revenu moyen tiré de la pratique du métier d’écrivain seulement était de 12 900 $.

Best-sellers

Deux des ouvrages de J.K. Rowling, Harry Potter and the Cursed Child et le scénario de Fantastic Beasts, ont figuré parmi les 10 meilleurs vendeurs en 2016; 550 000 exemplaires de ces livres ont été vendus en tout, ce qui représente 14,8 millions de dollars. Les auteurs australiens figurant au palmarès des 10 meilleurs vendeurs (toutes catégories) ont représenté 32 % des ventes en librairie (en valeur), avec notamment Andy Griffith et Terry Denton (315 000 exemplaires de The 78-Storey Treehouse), Jimmy Barnes (119 000 exemplaires de Working Class Boy), Liane Moriarty (104 000 exemplaires de The Husband’s Secret) et Matthew Reilly (103 000 exemplaires de The Four Legendary Kingdoms).

Alors que la part de marché des livres de non-fiction a diminué en 2016, avec le plafonnement des ventes de livres de coloriage pour adultes, la part des livres jeunesse/jeunes adultes a augmenté, avec une solide croissance dans la gamme de prix supérieure, particulièrement 19,99-24,00 $.

Part de marché production locale vs importations

Dans la comparaison entre les titres locaux et importés, il est bon de souligner qu’un livre « australien » est un livre portant un ISBN australien, ce qui inclut donc les ouvrages publiés à l’origine à l’étranger, puis lancés sur le marché australien par un éditeur australien. Cela inclut souvent des ouvrages à fort tirage destinés au marché de masse qui sont imprimés sur place, ainsi que des adaptations. Il est communément admis que la production annuelle de titres entièrement créés et publiés en Australie se rapproche davantage de 10 000 titres, tous genres confondus.

Tendances de lecture

La réputation de lecteurs avides des Australiens a été confirmée par l’étude sur les habitudes de lecture réalisée en 2016 par le Conseil des arts d’Australie et l’Université Macquarie. Les résultats, fondés sur 3 000 entrevues, indiquent que les Australiens consacrent en moyenne sept heures par semaine à la lecture de livres, ce qui est légèrement moins qu’il y a cinq ans, et que 70 % du temps de lecture est consacré à la lecture pour le plaisir, par opposition à la lecture en lien avec le travail. Les hommes sont moins susceptibles que les femmes d’être des lecteurs, et seuls 8 % de la population peuvent être considérés comme des non-lecteurs (c.-à-d. les personnes qui n’avaient pas lu un livre complet ni même une partie de livre dans les 12 mois précédant l’étude).

Les romans à mystères demeurent la catégorie la plus populaire parmi les livres de fiction (48,5 %); dans les ouvrages de non-fiction, les autobiographies/biographies/mémoires sont les plus populaires (45 %). Parmi les autres catégories de livres de fiction qui sont populaires, mentionnons notamment les livres historiques, la fiction contemporaine/générale, la science-fiction et les romans d’amour.

Quatre-vingt-dix pour cent des répondants lisent des livres imprimés, et un peu plus de la moitié ont affirmé lire des livres numériques « souvent ou parfois ». Seuls 12 % écoutent des livres audio, et près des trois quarts affirment ne jamais en lire. Pour ceux qui lisent des livres numériques, les iPad et les tablettes sont plus populaires que les appareils dédiés à la lecture.

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2019-01-16 | Export, Guides de marché