Forum sur la technologie 2019 : mots-clés et visibilité des livres numériques

Dans l’article d’aujourd’hui, nous vous présentons un aperçu de l’exposé Mots-clés et visibilité sur Amazon : le contexte canadien, présenté au printemps dernier lors du Forum sur la technologie par Shannon Culver, gestionnaire de la technologie chez eBound Canada et Amanda Lee, consultante. Comme l’achat de livres numériques et les achats en ligne font de plus en plus partie des habitudes des consommateurs canadiens, les chercheurs d’eBound Canada ont fait équipe avec Firebrand et Kadaxis afin d’étudier l’influence des mots-clés sur les ventes de livres numériques et la visibilité de ces derniers.

Les mots-clés sont utilisés depuis longtemps dans l’édition savante, mais font partie des métadonnées bibliographiques qui ne sont habituellement pas présentées aux consommateurs qui achètent des ouvrages numériques d’intérêt général. Amazon est le seul grand détaillant à utiliser des mots-clés, mais l’utilisation et la logique du système employé demeurent obscures pour la plupart des non-initiés. Par exemple, les mots-clés sur Amazon visent à aider les consommateurs à acheter des articles, une visée légèrement différente de celle sous-tendant les mots-clés de référencement de Google destinés aux recherches sur le Web. Grâce aux mots-clés, Amazon guide les consommateurs vers des titres pertinents en fonction des termes de recherche saisis. À noter qu’Amazon a dressé une liste noire comprenant certains mots-clés et supprime tous les mots-clés si un mot interdit apparaît dans les métadonnées (la liste noire est consultable dans la section Vendor Central sur le site amazon.com). Le géant du commerce en ligne impose une limite de 250 octets lors de la création d’une liste de mots-clés. Les espaces et la ponctuation ne sont pas comptabilisés, mais les caractères spéciaux, comme les caractères accentués, comptent pour plusieurs octets.

En se basant sur cette information, les chercheurs d’eBound Canada ont créé trois groupes de livres numériques afin d’analyser l’influence des mots-clés sur les ventes et la visibilité des livres numériques. Aucun mot-clé n’a été assigné au premier groupe d’ouvrages; dans le deuxième groupe, des mots-clés ont été assignés à chaque titre en utilisant l’intelligence artificielle; le dernier groupe comprenait des ouvrages dont les mots-clés ont été attribués par des humains. Ces derniers ont été formés pour établir des mots-clés selon les pratiques exemplaires énoncées par BookNet Canada et Book Industry Study Group (BISG), pour qui les mots-clés sont des termes qu’un consommateur utiliserait pour chercher un titre. De plus, chaque groupe comprenait des titres diversifiés sur le plan du classement des ventes, soit des ouvrages figurant parmi les 25 meilleures ventes et des titres se vendant moins bien. Dans cette étude, on a mesuré la visibilité en comptabilisant le nombre d’affichages de la page détaillée du produit dans Amazon.

Une personne formée à la recherche par mots-clés peut faire une grande partie du travail réalisé par la machine. Les personnes qui ont créé les mots-clés dans le cadre de cette étude ont été formées aux  pratiques exemplaires dans ce domaine et ont pris en compte la façon dont les utilisateurs parlent des livres. Les machines, quant à elles, ont généré des listes de mots-clés en parcourant les critiques et les textes promotionnels. L’intelligence artificielle a généré bien plus de mots-clés que les humains, mais a davantage tendance à inclure des mots-clés non pertinents. C’est pourquoi il n’est pas recommandé de tirer des mots-clés du contenu d’un livre, car les lecteurs ne font pas une recherche par contenu, mais plutôt par catégorie. Par exemple, un lecteur ne cherchera pas un livre sur les lions en utilisant les mots-clés « griffes, troupe, crinière », mais utilisera plutôt un terme de recherche comme « lion livre quatrième année ».

Comme pour tout projet de recherche, cette étude sur les mots-clés comporte quelques limites. Les résultats sont uniquement fondés sur les ventes Kindle d’Amazon, puisqu’il s’agit du seul détaillant à utiliser des mots-clés. De plus, l’étude analyse uniquement les ventes de livres numériques, même si le chemin d’accès vers l’exemplaire papier sur Amazon est identique. Par ailleurs, l’étude ne visait pas à déterminer si certains types de mots-clés étaient plus efficaces que d’autres. Il est également important de noter qu’entre 2017 et 2018, les ventes de livres numériques ont diminué à l’échelle mondiale.

Malgré ces limites, les résultats de l’étude sont clairs : les mots-clés ont peu d’influence sur les ventes, peu importe la façon dont ils ont été générés. En effet, les ventes de livres numériques ont diminué tous groupes confondus.

Néanmoins, les mots-clés accroissent la visibilité des titres, car les consommateurs cliquent plus fréquemment sur les titres associés à des mots-clés. De plus, l’utilisation de mots-clés est de plus en plus concurrentielle, car les éditeurs les intègrent dans leur flux de tâches. La façon de générer les mots-clés a peu d’influence sur les ventes, mais a son importance sur le plan de la visibilité. Dans l’ensemble, les mots-clés créés par l’homme ont enregistré de meilleurs résultats que ceux générés par l’intelligence artificielle, en particulier pour les livres numériques dans les catégories jeunesse, nouveautés et œuvres non romanesques, la différence la plus notable étant observée dans la catégorie nouveautés – œuvres non romanesques. En ce qui concerne les titres enregistrant de faibles ventes, les mots-clés créés par l’homme ont donné de meilleurs résultats que ceux générés par la machine. Pour les titres qui se vendent très bien, les mots-clés créés par l’homme et par la machine ont donné d’aussi bons résultats. La machine a surpassé l’homme dans un seul cas, celui des ouvrages figurant parmi les 25 meilleures ventes. Cette exception s’explique probablement par la quantité plus importante de publicité et de critiques dont jouissent ces titres et desquelles l’intelligence artificielle a pu extraire des mots-clés.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur cette étude, veuillez consulter le rapport complet en format PDF qui se trouve en ligne (en anglais seulement).

2019-08-27 | Foires du livre, Numérique