CanLit on the Move: Gillian Fizet

Dans sa série d’entrevues intitulée « Livres canadiens, de grands voyageurs », Livres Canada Books s’entretient avec des éditeurs canadiens à propos de leurs activités de commercialisation à l’international et du positionnement des livres canadiens sur les marchés étrangers. Dans le présent volet, nous nous entretenons avec Gillian Fizet de House of Anansi Press et Groundwood Books qui nous parle des principaux facteurs garants d’un succès international.

1. Qui êtes-vous et que faites-vous ?

Je suis directrice des droits pour les maisons d’édition House of Anansi Press et Groundwood Books.

2. Décrivez, en une phrase, votre programme d’édition.

La maison d’édition House of Anansi est l’une des plus importantes maisons d’édition indépendantes au Canada. Nous nous consacrons à l’édition de romans canadiens, d’œuvres non romanesques, de poésies, d’ouvrages sur le mode de vie, de romans policiers, de la littérature canadienne française traduite et de titres internationaux sélectionnés aux quatre coins du monde.

La maison d’édition Groundwood Books se consacre à la production de livres pour enfants de la plus haute qualité possible, dont des romans, des œuvres non romanesques et des albums d’auteurs canadiens et d’ailleurs. Bon nombre de nos livres relatent les récits de personnes dont la voix n’est pas toujours entendue.

3. Quel titre est le plus gros vendeur chez vous ? Selon vous, qu’est-ce qui fait que ce titre est un succès à l’étranger ? De façon générale, quelle est la clé de la réussite à l’étranger ?

Du côté de House of Anansi, je nommerais la collection annuelle en cinq parties Massey Lectures, qui consiste en la publication de conférences données par un éminent universitaire au Canada, sur des thèmes comme la politique, la culture ou la philosophie. Cette collection obtient de très bons résultats, car les thèmes sont presque toujours d’actualité ou indémodables. Certains seront prompts à dire que cette collection est populaire également parce que les auteurs, comme Margaret Atwood, Noam Chomsky et Douglas Coupland, sont souvent très connus et qu’ils ont une influence internationale. En réalité, certains des meilleurs vendeurs de notre collection Massey Lectures ont été rédigés par des auteurs relativement peu connus du lectorat traditionnel à l’étranger, notamment le physicien-théoricien Neil Turok et l’anthropologue, ethnobotaniste et photographe Wade Davis. Tout cela pour dire qu’un sujet ou un récit intéressant et la manière de le relater sont garants d’un succès international !

Quant à Groundwood Books, dans la catégorie « roman », il s’agit du succès de librairie The Breadwinner de Deborah Ellis, destiné aux enfants de niveau intermédiaire. Commercialisé dans plus de 25 langues, il fera l’objet d’un film d’animation prochainement. Cette histoire émouvante d’une petite fille très courageuse qui vit en Afghanistan sous le régime des talibans a trouvé un écho chez les enfants du monde entier. Bien que le contexte puisse être mal connu de nombreux lecteurs, les thèmes de la loyauté, de la survie, de la famille et de l’amitié sont universels et pertinents. Le succès international de ce roman, et de nombreux autres, peut être attribué au sujet intéressant et à la narration très habile.

4. Quels sont vos principaux marchés d’exportation ? À votre avis, qu’est-ce qui rend ces marchés compatibles avec les livres que vous publiez ?

En ce qui concerne House of Anansi, les principaux marchés d’exportation sont l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Canada français et l’Asie (Corée, Japon, Chine et Taïwan).

Quant à Groundwood Books, les marchés d’exportation sont le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, la France, l’Allemagne, le Canada français et l’Asie (Corée, Japon, Chine et Taïwan).

5. Nommez un des livres que vous aimeriez faire connaître sur le marché des droits à l’étranger. En ce moment, quels titres votre maison d’édition est-elle impatiente de promouvoir ? Pourquoi ?

Du côté de House of Anansi, le livre qui s’avère mon grand favori et dont j’aime parler est The Celllo Suites: J.S Bach, Pablo Casals and the Search for a Baroque Masterpiece de Eric Siblin. Mélange de biographie, d’histoire musicale et de mystère, c’est le meilleur livre et le plus intéressant que j’ai jamais eu à présenter !

J’ai bien hâte de promouvoir le livre The Substitute de Nicole Lundrigan, qui sortira prochainement. C’est un roman psychologique à sensations fortes très mystérieux, et mes collègues de bureau et moi-même avons parlé de ses diverses intrigues de façon obsessionnelle, durant nos repas du midi. J’ai hâte de faire la même chose avec mes collègues de l’étranger !

Quant à Groundwood Books, le livre qui s’avère mon grand favori et dont j’aime parler est Away de Emil Sher et illustré par Qin Leng. Dans ce magnifique album qui parle de l’importance de prendre du temps en famille dans le tourbillon de nos occupations, on sent l’amour qui rayonne dans les petites notes autocollantes que s’échangent une mère et sa fille. L’idée des notes autocollantes est originale et apporte une touche amusante au récit. L’universalité du thème de la relation parent-enfant devant une séparation à court terme (camp d’été!) est également très émouvante, même pour un adulte comme moi qui n’a pas d’enfants !

L’ouvrage que je suis très heureuse de promouvoir dans un proche avenir est I am Cleopatra de Dennis Abrams, des mémoires fictives au ton provocateur sur le passage à l’âge adulte mettant en scène un garçon acteur à l’ère de l’Angleterre shakespearienne. La fluidité des genres et la sexualité, évoquées au travers des souvenirs d’un personnage principal fascinant qui vient du passé, vont assurément susciter l’intérêt de nombreux lecteurs.

6. Citez quelques-uns des plus grands défis que vous avez à relever lors de la promotion de vos livres sur les marchés internationaux.

Un des plus grands défis que je rencontre est d’arriver à convaincre les gens d’être les premiers à donner une chance à un bon écrivain ou à un bon livre qui n’est pas connu. Les éditeurs ont l’habitude de commencer à s’intéresser à un livre lorsqu’ils voient que les autres s’y intéressent, plutôt que de se concentrer uniquement sur la valeur de l’ouvrage. Bien sûr, ce genre de comportement prudent est justifié, surtout lorsque nous-mêmes (Anansi) nous n’avons pas encore publié le livre et que les budgets ne permettent pas d’organiser le déplacement de l’auteur pour qu’il puisse promouvoir son livre à l’étranger !

7. Quel est votre événement préféré, en lien avec le monde du livre, à l’extérieur du Canada ?

La Foire du livre de Francfort, un événement unique au monde. Il s’agit de la plus importante foire internationale du livre, et, si vous évoluez dans le monde de la vente de droits, c’est l’endroit où il vous faut aller. C’est une ruche immense et épuisante, mais les relations que vous bâtirez et les contacts sur place ou à venir que vous nouerez en valent tous la peine !

8. Si vous aviez un livre canadien à recommander à un lecteur étranger, quel serait-il ?

Du côté de House of Anansi, je recommanderais le livre The Break de Katherena Vermette. Par l’entremise d’un point de vue multigénérationnel, The Break est un récit exhaustif sur les conditions et les circonstances de vie auxquelles est confrontée une communauté marginalisée de Winnipeg. Alors que cet ouvrage traite d’une certaine communauté autochtone au Canada, il évoque de nombreux principes universels qui piqueront la curiosité de nombreux lecteurs de tous les coins du monde. Ces lecteurs s’identifieront même parfois à de nombreux thèmes abordés, notamment la violence faite aux femmes, les bandes d’adolescents, la pauvreté, la violence, l’abus d’alcool et de drogues, la justice et l’intégration. En nomination pour deux grands prix littéraires au Canada, ce roman est rapidement devenu, l’automne dernier, un succès de librairie pour nous. Nous avons vendu des droits pour cet ouvrage en Allemagne, en Bulgarie et au Québec.

En ce qui concerne Groundwood Books, je recommanderais le livre Sidewalk Flowers de JonArno Lawson et Sydney Smith. Dans ce magnifique livre d’images où les mots sont absents, une petite fille cueille des fleurs sauvages alors que son père se montre absent et lui porte très peu d’attention. Destiné aux personnes qui vivent en pleine conscience, Sidewalk Flowers a remporté le Prix du Gouverneur général et a été choisi comme meilleur livre illustré pour enfants de l’année par le New York Times. Les droits de ce livre ont été vendus dans 15 territoires, et une édition spéciale en livre broché a été offerte à 3 000 familles de réfugiés à leur arrivée au Canada, l’hiver dernier.

2017-01-10 | Entrevue