La conférence Publishing for Digital Minds : Tome 1

« Quand on veut publier pour les esprits numériques, on doit être ouvert d’esprit », déclare Jacks Thomas, directeur de la Foire du livre de Londres. Comme le souligne Publishing Perspectives, le thème de la conférence Publishing for Digital Minds 2015 (Publier pour les esprits numériques), tournait vraiment autour de l’importance de proposer un contenu narratif de qualité et d’établir de vraies relations humaines, même lorsqu’on ne cesse d’innover. « L’humain plutôt que la machine », pour reprendre les termes de Rob Newlan, de Facebook. L’auteur à succès David Nicholls a ouvert la conférence en rendant un hommage presque lyrique à l’importance du numérique dans la Littérature (avec un grand L) et a dépeint un lecteur constamment tiraillé entre sa nostalgie du papier et son engouement pour la convivialité du numérique. Comment créer un lien affectif entre le lecteur et les données numériques ? Paraissant accepter le défi présenté par David Nicholls, Rob Newlan a présenté Facebook comme une sorte de toile universelle : « Je pense que nous nous laissons absorber par le numérique et que nous passons à côté de l’expérience vécue… Internet ne devrait pas être considéré comme un accessoire; c’est alors seulement que nous serons en mesure de vivre pleinement l’expérience proposée par ce média. » En fin de compte, le marketing numérique consiste à comprendre les personnes, surtout sur une plateforme aussi fréquentée que Facebook. « Montrez que vous connaissez les gens », conseille Rob Newlan. Créer de véritables et d’authentiques liens avec chacun et chacune plutôt que de multiplier les messages généraux destinés à atteindre « tout le monde ». Un dernier conseil de Rob Newlan : « Utilisez de belles images, c’est primordial. »

Nous avons résumé ci-dessous deux des exposés de la conférence qui comptent parmi nos préférés et nous vous en ferons découvrir deux autres la semaine prochaine. Bonne lecture!

Exposé : « Nouvelles tendances : marketing, technos et sociales »

Présidente : Sarah Lloyd, Macmillan

Participants : Blathwaite Healey, Mashable; James Whatley, Ogilvy and Mather; Maya Robert, Macmillan

« L’essence même des plateformes numériques, ce sont les gens. C’est l’endroit où ils se retrouvent et où vous devez donc vous aussi être présents. » – Blathwaite Healey, Mashable

Cette table ronde a été le théâtre d’un échange passionnant entre de jeunes participants avant-gardistes. Selon la présidente de cette table ronde, Sarah Lloyd, les plateformes numériques ne comptent toujours pas parmi les grandes sources de ventes de livres au Royaume-Uni. Ces dernières, comme le montre la liste ci-dessous, sont incroyablement traditionnelles :

  1. parcourir la boutique;
  2. se fier au bouche-à-oreille;
  3. suivre l’auteur.

Quelle place le numérique peut-il prendre dans un tel contexte ? James Whatley n’a pas manqué de faire remarquer qu’à son avis le numérique fait déjà partie intégrante du marché : « Le bouche-à-oreille se transmet de multiples manières, et nous utilisons tellement nos appareils numériques que nous n’y pensons pas quand il s’agit de nous rappeler où nous avons entendu parler de quelque chose. » Des propos de Sarah Loyd, Maya Robert suggère de retenir l’importance de concevoir et de maintenir des communautés en ligne comme des lieux où se recréent les relations humaines. Par ailleurs, Sarah Loyd a demandé aux intervenants de la table ronde de répondre à une autre question fréquemment posée : si l’ancienne génération représente le cœur du marché du livre, comment maintenir un lien avec elle tout en s’adressant également à la génération Y, ou « génération Internet » ? Blathwaite Healey dénonce l’aspect trompeur de la correspondance établie entre génération Y et génération Internet. Selon elle, la génération Internet n’est pas seulement constituée d’un seul groupe d’âge, et l’ancienne génération, quant à elle, n’est pas uniquement présente sur Facebook; cette génération utilise d’autres plateformes également. Du même avis, James Whatley ajoute que Facebook est toujours la plateforme la plus populaire et la plus stable pour tous les publics. Malgré certains rapports qui indiquent le contraire, il ne pense pas que les adolescents fuient Facebook en grand nombre et il considère qu’il n’est pas nécessaire de se détourner de Facebook et d’élaborer des stratégies sur Snapchat pour attirer ce public. James Whatley estime que « tout comme il n’existe pas de stratégie visant l’ancienne génération, il n’existe pas non plus de stratégie destinée à la génération Y. »

Les éléments à retenir :

  • Une stratégie de contenu fonctionne à merveille lorsqu’elle vise des publics cibles restreints ayant des centres d’intérêt bien précis. En élaborant une stratégie ciblée, vous avez la possibilité d’essayer diverses plateformes tout en restant centré(e) sur vos publics cibles et leurs intérêts. Vous ne devriez pas avoir de stratégie distincte pour chaque plateforme.
  • L’organisation d’événements représente la meilleure façon de nouer des liens hors ligne et en ligne. Profitez de ces événements pour recueillir des données (les adresses de courriel sont encore ce qu’il y a de mieux en la matière). Si les personnes sont présentes et ont, selon les cas, accepté de payer pour participer, c’est qu’elles ont un réel intérêt pour le sujet. Par conséquent, il s’agit là de la meilleure stratégie pour établir une liste de contacts extrêmement ciblés. Blathwaite Healey suggère de récompenser la fidélité des abonnés en ligne en leur offrant des entrées gratuites ou des codes réduction. Soyons réalistes, les abonnés actifs sont un produit de base, et nous devrions reconnaître cet état de fait.
  • À l’heure actuelle, la technologie numérique en elle-même passe de plus en plus inaperçue aux yeux de l’utilisateur, ce qui rend encore plus importante la qualité du contenu offert sur les appareils numériques. Une équipe efficace dans une grande maison d’édition ou chez un important fournisseur de contenu est une équipe qui comprend des employés créatifs capables de produire du contenu attrayant ainsi que d’autres employés distincts qui s’occupent du travail considérable que représentent la gestion et la planification des interventions sur les réseaux sociaux.

Exposé : Un aperçu des marchés étrangers : la Chine, la Norvège et l’Inde

Présidente : Angie Wilcocks, Simon & Schuster

Participants : Helen Sun, Publishing Technology China; Magnus Rudolfsen, Bokbasen Norway; Puneet Dhawan, Hurix Systems

La Chine :

Helen Sun de Publishing Technology China a des nouvelles encourageantes concernant les occasions d’affaires sur le marché du livre chinois qu’elle décrit comme étant « un marché en pleine croissance soutenu par les politiques et les subventions publiques ». La Chine a toujours été un marché difficile à pénétrer, mais Helen Sun explique que le gouvernement chinois a adopté une politique visant à soutenir les éditeurs qui combinent méthodes d’édition traditionnelles et numériques, ainsi que la création de nouveaux produits médias. Bien que les éditeurs en Chine doivent toujours obtenir une licence, madame Sun pense que cette nouvelle politique accélérera le commerce culturel à l’international. Depuis 2014, les éditeurs étrangers peuvent s’associer à un éditeur chinois titulaire d’une licence pour éviter d’avoir à faire les démarches pour obtenir une licence individuelle. Selon madame Sun, « le gouvernement chinois perçoit bien le lien entre mondialisation et innovation technologique. La meilleure façon de vendre à l’international est de passer au numérique. C’est le moment de trouver un partenaire chinois. »

La Norvège :

Dotée d’une population à peu près de la même taille que celle de la Finlande et présentant des caractéristiques similaires à ce pays (présenté de manière approfondie dans notre récent webinaire – voir le sommaire ici), la Norvège représente un marché unique et prometteur. Le potentiel d’exportation est élevé pour les livres de langue anglaise, car l’anglais est enseigné dès la première année dans toutes les écoles publiques. Magnus Rudolfsen, de l’entreprise norvégienne de base de données sur les livres Bokbasen et membre du comité directeur international de ONIX, a évoqué la place qu’occupe l’édition numérique sur le marché norvégien. Comme c’est le cas dans les autres marchés scandinaves, Amazon n’est pas présent localement sur le marché norvégien. Les livres numériques sont distribués par l’entremise de Bokskya, qui se traduit par « le nuage de livres », en lieu et place d’Amazon. Cette méthode de distribution fonctionne avec les systèmes de synchronisation courants de nuages électroniques, ce qui veut dire qu’avec un seul identifiant, les consommateurs peuvent acheter des livres numériques de divers détaillants, puis bénéficier d’une mise à jour de leur bibliothèque sauvegardée dans le nuage électronique sur tous leurs appareils et sur toutes les plateformes. Bokskya compte plus de 400 000 utilisateurs dotés principalement de tablettes iOS. Le bémol ? Les livres sont dispendieux, car un prix fixe leur est appliqué sur la base d’un accord conclu entre éditeurs et détaillants. Les livres reliés se vendent environ l’équivalent de 25 à 35 livres sterling, et les livres numériques environ 20 à 25 % de moins seulement. Les avantages? La Norvège est un excellent marché test en raison de sa taille restreinte et de l’accessibilité à des métadonnées bien organisées par l’entremise du site Bokbasen.

L’Inde :

L’intervention de Puneet Dhawan (Hurix Systems) a porté sur la croissance du numérique en Inde et sur le changement des habitudes de consommation que cette croissance a entraîné.

  • 88 % de la population en Inde utilise des appareils mobiles, et 40 % des téléphones intelligents.
  • Les utilisateurs d’Internet mobile passent en moyenne 156 minutes en ligne sur leur appareil mobile.
  • Le pourcentage de personnes possédant une liseuse numérique est passé de 8 % en 2000 à 16 % en 2015.
  • 70 % des détenteurs d’appareils mobiles préfèrent lire les nouvelles, les magazines et les livres sur leurs gadgets plutôt qu’en version papier.
  • Les modèles de distribution de livres numériques (facturation à l’utilisation, abonnements, etc.) deviennent la règle.

Alors que cette croissance change indéniablement le paysage du marché du livre indien, le contenu pédagogique demeure le secteur qui offre les plus grandes possibilités. Forte d’une population de 365 millions de jeunes, de plus en plus nombreux à lire en anglais, l’Inde représente un marché considérable pour les éditeurs de livres pédagogiques. Monsieur Dhawan souligne qu’il y a également un intérêt croissant pour la traduction à partir et vers les 24 langues officielles du pays (y compris l’anglais). Le réseau de distribution sous-développé de l’Inde représente le plus grand défi sur ce marché, mais monsieur Dhawan mentionne que l’édition numérique offre une solution à cet enjeu complexe.

2015-05-10 | Événements, Numérique