La production de livres audio au Canada – avec David Caron d’ECW Press

Ce n’est un secret pour personne, les livres audio connaissent un essor à l’échelle mondiale. Avec l’intensification de la demande, comment les éditeurs canadiens font-ils face aux défis et aux possibilités uniques que représente ce format ? Livres Canada Books a contacté quatre éditeurs canadiens, chacun avec sa propre expérience, pour avoir un aperçu de l’approche canadienne devant ce format en pleine expansion.

Nous commençons cette série de rencontres avec David Caron d’ECW Press, qui a récemment terminé son « 100 Project ».

 

  1. Qui êtes-vous et que faites-vous ?

Je m’appelle David Caron et je suis le coéditeur d’ECW Press. J’achète très peu de titres, mais j’interviens dans tous les aspects du processus de publication. Je m’occupe également de la gestion des affaires.

 

  1. En une phrase, décrivez le « 100 Project » d’ECW Press.

ECW Press voulait stimuler l’édition de livres audio au Canada en impliquant le plus grand nombre possible d’éditeurs dans la production de 100 livres audio ici, au Canada, en faisant appel à des narrateurs et à des studios professionnels canadiens.

 

  1. Parlez-nous de certains des enseignements que vous avez tirés du projet.

Les enseignements ont tous porté sur la méconnaissance des industries culturelles canadiennes en matière de livres audio. Nous avons travaillé avec l’Alliance of Canadian Cinema, Television and Radio Artists (ACTRA), pour déterminer à quoi ressemblerait un contrat approprié; avec des narrateurs et des agents, pour établir le temps et les engagements de travail que suppose la narration de livres audio; avec certains studios (quelques-uns avaient déjà de l’expérience), pour déterminer le temps de studio et le processus d’enregistrement; et avec certains éditeurs, pour discuter de l’art du rythme et du débit dans les livres audio. Nous avons également dû former des personnes sur la façon de corriger des livres audio. La leçon la plus importante a peut-être été de découvrir que tout cela exige beaucoup de temps. Par exemple, déterminer à quel moment nous pouvions faire venir en studio un acteur en particulier, puis essayer d’établir quand l’acteur devrait revenir pour enregistrer les reprises (corrections), cela a ajouté un temps considérable au calendrier, car nous ne savions pas combien de temps prendrait le montage ! Une autre grande leçon a été d’apprendre comment organiser le processus d’édition afin de permettre la parution du livre audio en même temps que l’édition imprimée.

 

  1. Quel a été le plus grand succès du projet ?

La plus grande réussite a été d’atteindre l’objectif initial. Avant le projet, très peu d’éditeurs canadiens étaient engagés dans la production de livres audio. À la fin du projet, plus de 40 % des éditeurs canadiens ont déclaré produire des livres audio. Alors que nous étions au milieu du projet, Penguin Random House Canada et Audible ont tous deux annoncé des programmes de production canadiens. Je suppose que la plupart des éditeurs canadiens produisent maintenant des livres audio, et il y a des communautés de plus en plus nombreuses d’artistes (narrateurs, réalisateurs, techniciens, éditeurs, auditeurs) qui comprennent ce que suppose la production de livres audio.

 

  1. Quelle est la prochaine étape, maintenant que le projet est terminé ?

Depuis la fin du « 100 Project », nous avons continué à produire des livres audio pour d’autres éditeurs, en plus des titres d’ECW. ECW Press a également lancé une nouvelle collection intitulée Bespeak, qui consiste à créer des éditions audio de quelques-unes des grandes œuvres littéraires canadiennes. Pour cette collection, nous avons acquis les droits pour les livres audio auprès des éditeurs d’origine, c’est-à-dire que nous ne les produisons pas pour eux. Nous avons jusqu’à présent produit 30 titres dans cette collection, et nous travaillons encore sur d’autres.

 

  1. À votre avis, quel rôle l’édition canadienne pourrait-elle jouer dans le monde en pleine expansion des livres audio ?

Le Canada commence à prendre sa place dans l’univers des livres audio. Grâce à une initiative de financement du gouvernement fédéral, les éditeurs canadiens sont en train de rendre nos livres accessibles à tous les Canadiens, y compris à ceux et celles qui ont des troubles de lecture. Si on ajoute à cela la création de livres numériques et le travail effectué avec les maisons d’édition canadiennes sur les processus d’édition et de conception, je pense que le Canada deviendra un chef de file en matière de publication accessible. L’accessibilité, c’est non seulement l’enregistrement de titres sous forme de livres audio, mais aussi l’enregistrement de parties du livre que nous n’enregistrerions pas pour un livre audio commercial. Le Canada produira également un bon nombre de livres audio, et les entreprises américaines ne produiront pas autant de nos livres audio pour nous. Le Canada possède une forte industrie de l’édition indépendante, ce qui signifie que nous aurons un milieu florissant de l’édition indépendante de livres audio.

 

  1. Selon vous, quel sera l’impact de l’essor de la baladodiffusion sur le secteur du livre audio ?

Cela ne peut qu’aider ! Pour moi, ça ressemble à la relation entre l’édition de périodiques et l’édition de livres. Autrement dit, les versions courtes et longues d’un même projet. Certains balados aujourd’hui sont pratiquement aussi longs que des livres, et déjà les éditeurs de livres audio produisent des livres audio à partir de contenus audio. En conséquence, de plus en plus d’éditeurs se tournent vers les baladodiffusions pour trouver le prochain grand auteur, que ces livres existent d’abord en version audio ou en version imprimée. En ce moment, les méthodes de distribution des deux formats sont très différentes, mais les choses changent constamment !

 

  1. De quoi les éditeurs canadiens doivent-ils tenir compte lorsqu’ils décident de proposer aux lecteurs des livres audio en téléchargement ou via un service de diffusion en continu ?

On ne peut pas vraiment considérer cette opposition entre le téléchargement et la diffusion en continu comme la décision cruciale. Cela dépend vraiment de chaque détaillant ou service, et de la manière dont ceux-ci rémunèrent l’éditeur. Cette rémunération est la clé. Si un livre est entièrement diffusé en continu et que les revenus de l’éditeur dépassent ce qu’il recevrait normalement pour un achat par téléchargement, s’agit-il d’une compensation équitable ? Si c’est le cas, la question est alors de savoir si l’éditeur veut qu’un livre soit écouté seulement en partie, et cela touche l’ampleur des échantillons que celui-ci pourrait offrir gratuitement aux détaillants qui vendent des téléchargements. Il y a un choix similaire à faire du côté des bibliothèques, entre les modèles de rémunération « par circulation » et les modèles de compensation par « achat sous conditions ».

 

  1. Une dernière réflexion ?

Nous avons parlé ici de la production de livres audio, mais il ne faut pas oublier que la distribution et le marketing représentent l’autre moitié de l’équation. Il est important de comprendre comment ça fonctionne et comment ça évolue. Cela nécessiterait un tout autre billet de blogue !

Merci!

 

David

2020-04-16 | Entrevue, Numérique