La production de livres audio au Canada – avec Roland Stringer de La Montagne secrète

Ce n’est un secret pour personne, les livres audio connaissent un essor à l’échelle mondiale. Avec l’intensification de la demande, comment les éditeurs canadiens font-ils face aux défis et aux possibilités uniques que représente ce format ? Livres Canada Books a contacté quatre éditeurs canadiens, chacun avec sa propre expérience, pour avoir un aperçu de l’approche canadienne devant ce format en pleine expansion.

Cette série de rencontres prend fin avec Roland Stringer de La Montagne secrète.

 

1. Qui êtes-vous et que faites-vous ?

Roland Stringer, fondateur et éditeur de La Montagne secrète.

 

2. Veuillez décrire rapidement le programme d’édition audio de La Montagne secrète.

La Montagne secrète se définit comme un éditeur hybride, à la fois label de musique et maison d’édition littéraire pour la jeunesse. Depuis nos débuts, nous nous intéressons à la création transmédia qui rassemble autour d’un même projet de création des auteurs, illustrateurs, compositeurs, conteurs et chanteurs. L’audio est alors au cœur de notre mission; notre devise l’évoque bien : « Petits trésors pour grandes oreilles ! » (et en anglais : “Stories and Music for All Eyes and Ears!”).

 

3. La Montagne secrète publie depuis longtemps des documents audio. Quelle partie du programme vous rend le plus fier ?

Nous avons toujours accordé une grande importance à la qualité sonore de nos productions en soutenant que les enfants y sont très sensibles. Un bon solo de banjo impressionne autant les petits que les grands !  En l’occurrence, nous faisons appel à des réalisateurs et musiciens de grand talent qui ne sont pas nécessairement associés à priori à l’univers jeunesse. Nous croyons aussi que la couverture d’un livre audio est tout aussi importante que celle d’un livre papier. C’est ce qui nous motive en partie à collaborer avec des illustrateurs accomplis qui peuvent donner le goût aux enfants « d’écouter avec leurs yeux ».

 

4. Comment le programme a-t-il évolué au fil des ans ?

À nos débuts, nous publiions surtout des textes de chansons dans un livre illustré accompagné d’enregistrements sonores. Progressivement, nous nous sommes intéressés davantage à la publication de contes originaux parsemés de chansons. Et plus récemment nous nous sommes rapprochés aussi au documentaire en proposant des ouvrages sur la musique classique ou les musiques du monde, entre autres. Aussi, quelques années après la fondation de la maison d’édition en 2000, nous avons commencé à publier en anglais, et ensuite un peu en espagnol, avec une diffusion en Europe francophone d’abord et aux États-Unis par la suite.

 

5. Pour sa part, La Montagne secrète a axé son programme sur la production de titres accompagnés de musique. Qu’avez-vous fait pour vous adapter à l’évolution des technologies comme les applications, la diffusion en continu et le téléchargement ?

Notre petite équipe est issue du monde de la musique ; nous avons alors appris à composer avec les nouvelles technologies plus rapidement que nos amis du livre. Notre premier livre-disque, Un trésor dans mon jardin de Gilles Vigneault, lancé en 2000, proposait un fichier PDF sur le CD qui reprenait tout le contenu du livre. Du jamais vu à l’époque. Nous étions vraiment parmi les premiers à voir l’offre numérique comme un complément au physique, à la version papier, et non comme une menace. Peu après, nous avons commencé à offrir ce même fichier PDF gratuitement sur iTunes aux clients qui avaient acheté en téléchargement l’album musical.  Avec l’arrivée de l’iPad dix ans plus tard, nous nous sommes tournés rapidement vers la création d’applications et de livres numériques enrichis.  Dans tous les cas, notre programme numérique se voulait un outil pour amener l’enfant ailleurs tout en encourageant la découvrabilité de notre collection de livres physiques. Aujourd’hui, notre fonds se retrouve sur des dizaines de plateformes de musique en continu qui servent, je l’espère, à inciter les familles à vouloir aller chez le libraire acheter l’un de nos livres-disques.

 

6. Quelles sont les prochaines étapes que vous comptez entreprendre ?

Aller plus loin, toujours plus loin ! En publiant des ouvrages qui ont fait appel à des créateurs de différents milieux, au Canada et à l’étranger. Nous publierons à la rentrée 2020 une belle collection de contes sur la musique classique, narrés par Benoit Brière en français et Colm Feore en anglais, avec la participation de l’Orchestre de chambre I Musici de Montréal, qui sera disponible en livre-disque, en livre numérique enrichi et livre audio. Ces contes de l’auteure mexicaine Ana Gerhard illustrés par Marie Lafrance proposeront à l’enfant une expérience multi-sensorielle, peu importe s’il est à l’école, dans l’avion ou au chalet. Il pourra choisir le support qu’il préfère pour se remplir les oreilles de Mozart et Vivaldi !

Aussi, nous fêterons cette année notre 20e anniversaire et avons l’intention de le souligner en produisant une série spéciale de balados qui puiseront dans notre répertoire.  Depuis notre fondation, nous avons fait appel à plus de 200 artistes actifs sur la scène musicale actuelle. Ce sera alors l’occasion de mettre à l’avant quelques petits bijoux qui font partie de notre fonds.

 

7. Quel rôle entrevoyez-vous pour l’édition canadienne dans le monde en pleine expansion des livres audio ?

L’édition canadienne a tout pour faire sa marque et réussir dans le monde avec le livre audio.  Il suffit de s’ouvrir aux gens de chez nous qui font partie des milieux de la musique, de la radio, de la télévision et du cinéma. Car pour faire de l’audio avec une bonne narration appuyée de bruitages et musiques de fonds, nous devons faire appel à des pros de la production audio-visuelle. Toutes les ressources nécessaires pour produire des livres audio de qualité sont ici, à la portée de main. L’équivalent du livre audio se faisait déjà à l’Office national du film il y a 50 ans !  N’oublions pas que l’un des livres pour enfants les plus populaires au Canada aujourd’hui demeure Le chandail de hockey de Roch Carrier – qui était d’abord un film d’animation à l’ONF avant de devenir un album jeunesse hyper populaire.  Soulignons aussi le talent et l’expérience qui existent au Québec grâce au dynamisme de nos compagnies de théâtre et de l’industrie du doublage, entre autres.

 

8. Quelles possibilités croyez-vous que les autres formats audio (baladodiffusion, audio vers texte, titres « nés » audio, sérialisation, etc.) offrent aux éditeurs canadiens ?

Ces autres formats offrent toutes sortes de possibilités, surtout à la lumière du fait que la consommation culturelle se fait beaucoup maintenant à partir de son cellulaire et, bien entendu, partout dans le monde. Mais, encore une fois, c’est une erreur à mon avis de présenter ces formats comme si nous étions en train réinventer la roue. Une baladodiffusion aujourd’hui, c’est ce qu’on appelait simplement une émission spéciale à la radio autrefois.

 

9. Proposez-vous vos livres audio en téléchargement ou en lecture en continu ? Pourquoi avez-vous choisi ce mode de diffusion ?

Nous offrons les deux. Nos livres audio sont disponibles en continu sur Spotify et Apple Music, par exemple.  On les retrouve aussi dans les catalogues de services spécialisés, comme Munki en France, une plateforme de streaming destinées aux bibliothèques. C’est aussi possible de retrouver nos enregistrements musicaux sur plus d’une centaine de sites de téléchargement dans le monde.

 

10. Une dernière réflexion?

Évidemment, si nos gouvernements ne font pas le nécessaire rapidement pour que les géants du web contribuent au financement et à la mise en valeur de nos contenus, nous n’aurons simplement pas les moyens d’investir dans le livre audio de qualité.

2020-04-30 | Entrevue, Numérique