Livres canadiens, de grands voyageurs : Susan McIntosh

Dans sa série d’entrevues intitulée « Livres canadiens, de grands voyageurs », Livres Canada Books s’entretient avec des éditeurs canadiens à propos de leurs activités de commercialisation à l’international et du positionnement des livres canadiens sur les marchés étrangers. Dans le présent volet, nous nous entretenons avec Susan McIntosh, directrice adjointe et directrice marketing de l’entreprise de McGill-Queen’s University Press, qui nous parle de la promotion des livres savants à l’étranger et leur nouveau bureau à Londres, en Angleterre.

À ses débuts, l’édition au Canada était caractérisée par le modèle de filiales, par lequel des éditeurs étrangers ont établi des bureaux au pays et ont, pendant de nombreuses années, dominé le secteur. Si le système a connu d’importantes transformations avec l’émergence et la croissance d’éditeurs indépendants au milieu et à la fin du 20e siècle, les éditeurs anglophones canadiens ont eu fort à faire pour se tailler une place dans un marché dominé par les puissantes entreprises d’édition en langue anglaise du sud de la frontière et de l’autre côté de l’Atlantique, au Royaume-Uni. Avec le développement de l’édition numérique et la croissance d’un marché mondial pour les livres, les éditeurs canadiens ont aujourd’hui plus de défis, ainsi que plus d’occasions de mettre en valeur le talent canadien.

L’un des éditeurs universitaires canadiens les plus respectés a profité de ces nouvelles avenues et renversé la tradition séculaire en s’établissant au cœur de notre ancienne administration coloniale, à Londres, en Angleterre. McGill-Queen’s University Press est la première entreprise d’édition savante au Canada à ouvrir un bureau dans cette plaque tournante de l’édition en langue anglaise. La maison a suscité un intérêt considérable en annonçant au début de 2017 son intention d’ouvrir un bureau à l’étranger. Cette mesure a rapidement été reconnue comme étant « sans précédent au Canada ». Toutefois, les motifs justifiant l’expansion de cet éditeur – principalement un marché local pour les livres canadiens en décroissance et l’augmentation des perspectives mondiales tant parmi les lecteurs que parmi les auteurs – font vraisemblablement partie de la réalité de bien des éditeurs canadiens. Susan McIntosh, directrice adjointe et directrice marketing de l’entreprise, affirme qu’en plus de créer des séries de livres formellement mondiales comme Rethinking Canada in the World, qui est soutenue par le Wilson Institute for Canadian History de l’Université McMaster, le bureau de Londres accordera une plus grande place à la recherche tournée vers l’international et aux nouvelles approches des perspectives transnationales et mondiales. Il contribuera également à mettre en valeur des auteurs non canadiens et canadiens qui choisissent d’écrire sur des thèmes non canadiens.

Si McGill-Queen’s University Press a toujours conservé une perspective mondiale, en faisant même un élément de son énoncé de mission, l’ouverture d’un bureau à l’étranger représente une toute nouvelle aventure. Heureusement, le processus et la logistique de l’ouverture d’un bureau à l’étranger ont disposé d’un bon mélange de planification stratégique, de ressources financières disponibles et de l’appui d’amis. Mme McIntosh a affirmé : « Il y a plusieurs années, notre directeur, Philip Cercone, a élaboré un plan stratégique qui comprenait l’ouverture d’un bureau de McGill-Queen’s University Press au Royaume-Uni. Il semblait logique, pour assurer la santé financière future de l’entreprise, de faire une importante percée à l’extérieur de l’Amérique du Nord. Nous avons finalement obtenu les ressources financières et l’approbation de nos établissements d’attache dont nous avions besoin pour aller de l’avant. Et c’est ce que nous avons fait. » Ils ont également reçu une aide précieuse « de la part de relations professionnelles établies et de partenaires de l’édition au Royaume-Uni, qui ont grandement contribué au début du processus pour trouver le bon personnel et le bon emplacement pour le bureau ». Depuis, la maison d’édition a embauché un agent de presse à temps partiel, basé à Londres, pour assurer la promotion de ses titres dans les médias du Royaume-Uni. Elle a également engagé Richard Baggaley comme éditeur à temps plein au R.-U. Ce dernier a commencé à rencontrer des auteurs potentiels.

Mais même avant ce tout dernier projet, les exportations ont longtemps occupé une place importante dans le plan d’affaires de McGill-Queen’s University Press. Mme McIntosh souligne que la maison a réalisé plus de 50 % de ventes à l’extérieur du Canada et célébré, en octobre dernier, 25 ans de participation à la Foire du livre de Francfort. Malgré la vigueur de ses exportations, la maison a senti qu’il était temps d’assurer une plus grande présence internationale et de favoriser encore davantage les ventes à l’étranger. Le bureau de Londres permettra de consacrer encore plus de ressources à la promotion à l’étranger et de s’engager dans une commercialisation plus active à l’international, particulièrement en Europe et en Asie. « L’Europe continentale représente un marché important, l’Allemagne étant le plus important pour l’édition savante en langue anglaise, explique Mme McIntosh. Avec du personnel et des auteurs basés à Londres, nous estimons que nous pourrons mieux exploiter les marchés européens. Le marché asiatique est aussi important – notamment la Chine et la Corée –, et ces marchés semblent receler encore plus de possibilités pour les maisons d’édition canadiennes. »

Mme Mcintosh parle à la fois d’un petit marché national pour les livres canadiens et d’une croissance des thèmes internationaux dans l’édition savante canadienne – les conditions idéales pour une croissance dans des marchés internationaux. Si l’édition savante est de plus en plus mondiale et que les maisons d’édition nationales doivent se mesurer à la concurrence mondiale pour vendre leurs livres, McGill-Queen’s University Press pourrait bien avoir trouvé le moment propice pour profiter des exportations.

2018-06-19 | Entrevue, Export