Pleins feux sur l’Inde, pays invité d’honneur à la Foire du livre de Guadalajara 2019 – Vente des droits

Cette année, l’Inde sera le pays à l’honneur à la Foire internationale du livre de Guadalajara (du 30 novembre au 8 décembre 2019). À l’aube de cet important rendez-vous, nous partageons avec vous aujourd’hui un dernier extrait de notre guide de marché sur l’Inde de 2018 préparé par l’experte-conseil Jaya Bhattacharji Rose.

Agents littéraires

Les éditeurs indiens se procurent les manuscrits directement auprès des auteurs, et parfois auprès d’agents littéraires, qui s’avèrent peu nombreux en Inde. Ces agents donnent habituellement dans tous les genres littéraires, exception faite de la poésie et des nouvelles. Les auteurs et leur agent s’entendent habituellement sur des modalités qui varient entre 15 à 20 %, tandis que les redevances d’usage entre l’auteur et l’éditeur sont de 10 % pour les livres de poche et de 7,5 % pour les livres reliés. Selon le nombre d’exemplaires vendus, les éditeurs peuvent adopter une échelle de redevances, quoique cette formule soit habituellement réservée aux auteurs les plus populaires. Quant aux traductions, certains éditeurs préfèrent partager les redevances entre le traducteur et l’auteur ou ses héritiers, une plus large part étant réservée à l’auteur – d’autres préfèrent un modèle de rémunération forfaitaire pour le projet de traduction.

Le National Book Trust organise annuellement une foire internationale du livre à New Delhi. Bien qu’elle avait auparavant lieu en février, la foire se tient depuis quelques années pendant la deuxième semaine de janvier; les deux week-ends adjacents y sont aussi annexés. Il s’agissait au départ d’un événement semestriel, mais comme les maisons d’édition locales se sont liées de plus près aux éditeurs internationaux, on en a fait un rendez-vous annuel. Les matinées sont habituellement réservées aux acheteurs potentiels – afin que les discussions d’affaires puissent avoir lieu paisiblement – ainsi qu’aux visites scolaires. En après-midi, les foules convergent vers les parcs d’exposition. Bon nombre d’événements se déroulent en marge de cet événement, dont une importante table ronde de deux jours sur la traduction, où agents littéraires et éditeurs internationaux viennent à la rencontre des éditeurs indiens. On y trouve habituellement bien plus d’éditeurs en langues régionales indiennes qu’à la Foire du livre de Francfort (FLF). Le Festival de littérature de Jaipur (FLJ), tenu en janvier, est l’autre rendez-vous d’envergure dans le milieu de l’édition en Inde; il s’inscrit à point nommé entre le FLF et le calendrier des activités prévues dans les mois qui suivent.

Depuis 2014, le FLJ a instauré un événement interentreprises (B2B) parallèle de deux jours qui se tient au Jaipur Book Mark – les éditeurs qui participent au festival peuvent donc aussi assister à ces rencontres. Ce modèle ayant fait ses preuves, d’autres festivals de littérature en émergence au pays ont eux aussi entrepris d’instituer leurs propres variations sur ce thème, que ce soit en organisant des rencontres B2B ou des séances ouvertes de réseautage où agents et éditeurs peuvent rencontrer les auteurs venus présenter leurs manuscrits et leurs idées. Le German Book Office (GBO) prévoit une initiative semblable, Jumpstart, dans le cadre de son activité phare de littérature pour enfants, et la Federation of Indian Chambers of Commerce and Industry (FICCI) fait de même avec PubliCon. En dépit de l’enthousiasme des éditeurs pour l’exploration de nouveaux marchés et la vente de droits, la langue demeure l’un des plus importants obstacles auxquels ils se butent : ne trouve pas qui veut des traducteurs compétents. C’est habituellement l’édition en anglais, commune à toutes les parties, que l’on présente avec succès.

Depuis la parution des palmarès hebdomadaires et mensuels de Nielsen BookScan, bon nombre d’éditeurs utilisent cet outil pour parfaire leurs commandes. Contrairement aux marchés du livre ailleurs dans le monde, le palmarès des dix titres les plus vendus en Inde est inévitablement dominé par du matériel pédagogique et, à l’occasion, des ouvrages de fiction à grand tirage signés par des auteurs indiens. Le lancement de la Hindi bestseller list a été annoncé en partenariat avec Dainik Jagran en août 2017. Pour l’instant publiée sur une base trimestrielle, cette liste est rapidement venue influencer le milieu de l’édition en hindi; aujourd’hui, plutôt que de faire paraître des titres quand bon leur semble, les éditeurs coordonnent stratégiquement leurs parutions dans l’espoir de se classer au palmarès. Plus tard dans le cycle de ventes, les éditeurs peuvent tirer parti du palmarès pour mesurer leur facteur d’impact chez les lecteurs et promouvoir leur liste d’auteurs et d’ouvrages de fond.

La littérature internationale est en grande partie importée, puis mise en marché à prix adapté. Une édition indienne est préparée lorsqu’on s’attend à de fortes ventes, une édition spéciale indienne est publiée à l’échelle locale. Les titres qui remportent des distinctions internationales font habituellement aussi l’objet d’une édition indienne – c’est notamment le cas des finalistes du prix Man Booker de 2017. Bon nombre d’éditeurs internationaux préfèrent établir des collaborations avec des maisons d’édition au pays pour assurer leur représentation. Les multinationales (plutôt que des distributeurs locaux) sont nombreuses à détenir les autorisations de représentation et de distribution des éditeurs étrangers. Par exemple, Pushkin Press et Walker Books sont représentés par Penguin Random House India, tandis que Serpent’s Tail et MacLehose Press sont représentés par Hachette India. Si un titre international est représenté par un éditeur indépendant, on en produit inévitablement une édition indienne, puisqu’il est plus économique d’imprimer localement que d’expédier les ouvrages par avion.

Coédition

Toutes les maisons d’édition, peu importe leur taille, sont toujours à l’affût de collaborations en coédition. En fait, l’une des ententes les plus fructueuses intervenues en Inde remonte à une dizaine d’années : Zubaan et Penguin India ont conjointement créé une marque dont les titres sont soigneusement choisis. Les ouvrages documentaires et de fiction qui figurent sur cette liste proviennent souvent de Zubaan et sont connus pour leurs thèmes fortement axés sur les femmes et le genre. L’ISBN appartient à Zubaan, mais le marketing et la distribution sont assurés par Penguin India. Bon nombre d’éditeurs avec qui je me suis entretenue se sont dits ouverts à des partenariats de coédition.

Salons, festivals et événements

L’écosystème indien de l’édition a connu d’importantes transformations ces 15 dernières années, particulièrement sur le plan des activités promotionnelles et de proximité.

Les lancements de livre, panels de discussion, projections de films, conférences, entretiens radiophoniques et entrevues télévisées figurent parmi les stratégies utilisées pour promouvoir les livres. On peut maintenant embaucher des publicistes pour contribuer aux efforts de promotion – ceux-ci feront même miroiter aux auteurs et éditeurs de la publicité fort convoitée dans les principaux quotidiens.

Au cours des 20 dernières années, les festivals littéraires se sont multipliés partout au pays. Organisés dès que s’achève l’été, ils se tiennent habituellement de la fin septembre jusqu’au début mars, la saison atteignant son apogée aux environs du congé de Noël. Le Festival de littérature de Jaipur (FLJ) est sans conteste le plus grandiose, attirant des participants et un public des quatre coins du monde. Toutes les activités sont gratuites et aucun coût d’inscription n’est exigé. Les organisateurs dépendent plutôt des commandites du secteur privé, des services culturels des missions diplomatiques, des donateurs et autres pour couvrir les coûts de l’événement. Une librairie éphémère y propose toujours les livres des conférenciers ainsi que d’autres auteurs. Bon nombre d’organisateurs des festivals pilotent également des programmes de proximité dans les écoles de la région en compagnie d’auteurs invités. La popularité de ces festivals a de toute évidence renforcé l’écosystème de l’édition et élargi le lectorat indien. Ces initiatives ont également favorisé des échanges culturels sans précédent, les entreprises profitant de ces canaux de communication pour cultiver des relations bilatérales.

Téléchargez l’intégrale de notre guide de marché, Selling Canadian Books in India (2018), pour en apprendre plus sur ce marché fascinant. Ce livre n’est disponible qu’en anglais.

 

2019-11-29 | Droits, Export, Foires du livre, Guides de marché