Présentation du marché du livre en Espagne

Nous amorçons aujourd’hui une série d’articles sur le marché du livre espagnol. Nous commençons par une présentation de ce marché, tirée de notre guide de marché 2015 intitulé Selling Canadian Books in Spain et rédigé par Arantxa Mellado et Silvia Mas, cofondatrices de The Spanish Digital Link.

Le marché du livre espagnol a connu de nombreux changements au cours de la dernière décennie. La profonde récession économique que traverse l’Espagne touche durement l’industrie du livre depuis quelques années. Les Espagnols lisent plus que jamais, mais les ventes ont chuté, ce qui a entraîné la fermeture de librairies et de maisons d’édition ainsi qu’une diminution des tirages, du nombre total de titres publiés annuellement et des achats de droits auprès d’éditeurs étrangers. Le changement le plus important observé au cours des dernières années est attribuable à Internet et au numérique, deux facteurs qui ont entraîné non seulement la transformation de l’éditeur espagnol en un exportateur mondial, mais également la création de nouveaux modèles économiques.

D’immenses possibilités d’exportation s’offrent aux éditeurs depuis quelques années. En effet, l’espagnol est parlé par plus de 500 millions de personnes partout dans le monde (dont 50 millions aux États-Unis seulement), et la facilité d’exporter des livres en format numérique permet de vendre des livres en espagnol dans plus de 30 pays, un exploit difficile à réaliser avec le livre imprimé traditionnel. Par ailleurs, de nouveaux circuits de vente ont permis l’émergence de modèles économiques inédits. En Espagne, il existe déjà cinq plateformes qui fonctionnent selon le principe de l’abonnement. De plus, la vente directe progresse et les réseaux sociaux prennent de plus en plus d’ampleur. Mais, pour profiter de ces nouvelles possibilités, les éditeurs espagnols ont dû relever l’immense défi posé par la révolution numérique. Malgré une croissance rapide du marché numérique en Espagne, la part de ce dernier n’atteint toujours pas 10 %. Il est donc difficile de faire confiance à un nouveau modèle et d’y investir lorsque les ventes laissent entrevoir que les retours sur investissement seront lents à venir et lorsque le modèle le plus rentable, bien que sensiblement en perte de vitesse, est le modèle traditionnel. Cependant, les éditeurs espagnols, ayant finalement compris que le livre numérique ne représente pas le futur de l’édition, mais plutôt le présent, ont numérisé plus de 60 % des titres de leurs catalogues. Mais, ils doivent encore accepter le fait de devoir changer leurs flux de production pour intégrer à la fois le support papier et numérique. Le commerce électronique et l’importance des métadonnées pour la visibilité des livres numériques sont deux autres aspects importants dans ce domaine.

L’édition constitue un moteur économique important dans le paysage culturel espagnol, elle qui contribue pour 38,1 % en moyenne de la valeur économique liée à l’ensemble des activités culturelles comptabilisées dans le produit intérieur brut. Malgré la récession économique et les bouleversements technologiques actuels, l’édition espagnole continue de bien résister et de démontrer sa capacité d’adaptation, et représente un marché important. Selon les données de l’agence espagnole chargée de l’attribution des ISBN, recueillies dans le cadre des prévisions parues dans Panorámica de la Edición Española de Libros, 326 nouvelles entreprises se sont lancées dans le secteur de l’édition en 2013, ce qui représente un total de 3 086 éditeurs en activité.

L’Espagne demeure l’un des principaux éditeurs mondiaux, avec plus de 89 000 nouveaux titres publiés chaque année. Dans le rapport Informe anual sobre el sector (rapport annuel du secteur) pour la période d’octobre 2012 à octobre 2013, l’International Publishers Association (IPA) évalue quatre variables : l’évolution des volumes sur le marché, le revenu par habitant, la population totale et le chiffre d’affaires global de l’industrie. Au regard de ces quatre variables, le rapport indique que l’Espagne est la 8e puissance mondiale dans l’industrie de l’édition, derrière les États‑Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon, la France, le Royaume-Uni et l’Italie, position acquise principalement grâce à la langue du pays, l’espagnol. En effet, selon les données les plus récentes de l’Instituto Cervantes, près de 500 millions de personnes parlent l’espagnol aujourd’hui. Sur environ 7 000 langues en usage dans le monde, l’espagnol est l’une des cinq langues les plus répandues et la deuxième langue dans les communications internationales et en nombre de locuteurs natifs. L’espagnol est également de plus en plus associé à la diffusion d’une culture internationale de qualité, un facteur qui pousse les étrangers à apprendre cette langue. D’ici trois ou quatre générations, 10 % de la population mondiale sera en mesure de communiquer en langue espagnole, et cette dernière sera une langue essentielle dans de nouvelles régions, comme les États-Unis, où les Hispano-Américains représentent en ce moment la plus grande minorité du pays, et qui deviendront certainement le plus grand pays hispanophone au monde. Au Royaume-Uni, selon un rapport du British Council, l’espagnol est la langue étrangère la plus susceptible de contribuer aux intérêts stratégiques nationaux dans un proche avenir.

Outre l’espagnol, il existe trois langues officielles en Espagne, le catalan, le basque et le galicien, parlées dans six régions (en Espagne, une « communauté autonome » est l’équivalent d’une région).

Revenez nous voir la semaine prochaine pour découvrir le deuxième volet de notre série d’articles sur l’Espagne, dans lequel nous aborderons l’édition numérique et les habitudes de lecture.

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2015-10-29 | Droits, Export, Guides de marché