Situation démographique et habitudes de lecture au Mexique

Dans le monde de l’édition, l’un des aspects les plus importants est d’avoir une bonne connaissance des lecteurs. Néanmoins, l’étude des publics cibles peut représenter un défi de taille et peut même devenir une tâche délicate lorsque l’on commence à s’intéresser aux marchés d’exportation. Pour vous éditeurs qui cherchent à atteindre des lecteurs au Mexique, nous sommes ici pour vous aider !

Dans cet extrait de notre guide intitulé Selling Canadian Books in Mexico, Javier Celaya et René López-Villamar fournissent quelques réflexions indispensables sur la situation démographique et les habitudes de lecture au Mexique.

La population mexicaine est estimée à 125,4 millions d’habitants, ce qui confère au Mexique le statut de plus grand pays hispanophone au monde. La capitale, Mexico, comprend plus de 8,8 millions d’habitants, et la population approche le cap des 22 millions dans les banlieues. La population mexicaine est urbaine à 80 %, 55 % des Mexicains vivant dans l’une ou l’autre des 55 zones métropolitaines.

Le Mexique est une jeune nation. En effet, 28 % de sa population est âgée de moins de 15 ans, et 26 %, entre 15 et 29 ans, mais ce chiffre devrait diminuer au cours des 25 prochaines années. Alors qu’il pourrait y avoir un ralentissement de la croissance démographique, on s’attend à ce que l’âge moyen de la population augmente. Le niveau de scolarité moyen des personnes âgées de plus de 15 ans est de 8,6 années (ce qui équivaut à la deuxième année du secondaire selon le système éducatif mexicain).

Selon l’enquête nationale sur les revenus et les dépenses des ménages de 2014, le revenu moyen au Mexique atteint 39 719 pesos par trimestre, soit quelque 2 300 dollars américains. Ces données coïncident avec celles de l’Institut mexicain de la sécurité sociale, qui indiquent le salaire journalier moyen de la population, le plus élevé (20 dollars américains ou 350,90 pesos) étant perçu dans la région centrale du pays.

Les chiffres officiels provenant de la National Survey of Reading and Writing indiquent que les Mexicains lisent en moyenne 5,3 livres par année et que la plupart des lecteurs sont issus des jeunes générations. Si cette enquête tenait seulement compte de la part de la population âgée de plus de 25 ans, le nombre moyen de livres lus tomberait alors à 3,8 livres par personne et par année. Bien que ces chiffres représentent une nette amélioration par rapport à la moyenne de 2,9 livres observée dans l’édition 2006 de la National Survey of Reading and Writing, cela révèle néanmoins des résultats contrastés, qui montrent que seulement 57 % des Mexicains affirment lire des livres à l’heure actuelle.

Selon les résultats de la National Survey of Reading and Writing 2015, les lecteurs mexicains peuvent être classés en six catégories, dont trois sont particulièrement intéressantes pour les éditeurs de livres. La première catégorie, qui compte pour 15,3 % de la population, est composée des « lecteurs de livres » qui sont principalement des adultes âgés de 24 ans et plus, vivant dans les régions urbaines. Ces personnes ont un niveau de scolarité élevé et disposent d’un revenu disponible qu’elles préfèrent dépenser dans les livres et magazines imprimés plutôt que d’acheter les versions numériques. La seconde catégorie comprend les « lecteurs éclectiques » qui affichent également un niveau de scolarité élevé et qui vivent dans les régions urbaines, mais dont les préférences de lecture se partagent entre l’imprimé et le numérique. Parmi les lecteurs éclectiques, il y a également ceux qui aiment lire des bandes dessinées et des romans illustrés. Enfin, il y a la catégorie des « jeunes lecteurs » que l’on peut définir comme étant de jeunes gens qui fréquentent l’école secondaire ou l’université et qui sont passionnés de lecture de toutes sortes, en format imprimé et numérique, y compris les livres. Toutefois, les jeunes lecteurs ont également un intérêt particulier pour les bandes dessinées et les romans illustrés.

L’enquête révèle également que 11,6 % des internautes téléchargent gratuitement des livres numériques sur Internet. Selon l’Union internationale pour les livres de jeunesse – Section mexicaine et Banamex, 86 % des jeunes Mexicains qui habitent dans les régions urbaines téléchargent des livres numériques. Parmi eux, 59,1 % achètent des livres numériques en ligne et 46,2 % les reçoivent en cadeau. Comme indiqué dans un des tableaux du rapport, 69,8 % des acheteurs de livres effectuent leurs achats dans les librairies, mais les foires du livre, les kiosques et les grands magasins sont des endroits qui ont aussi leur importance pour les éditeurs. Selon la Cámara Nacional de la Industria Editorial Mexicana, les ventes en librairie s’étant montrées relativement stables au cours des dernières années, on peut supposer que l’augmentation du nombre de lecteurs dont témoigne l’enquête est engendrée par des circuits de vente alternatifs où, il convient également de le souligner, l’achat en ligne ne joue pas un rôle de premier plan.

La National Survey of Reading and Writing révèle que 44,3 % des lecteurs lisent pour se divertir, tandis qu’ils sont 30,5 % à lire pour s’instruire, et 11,8 %, pour s’informer. De ce fait, nous observons un changement considérable par rapport aux résultats de l’édition 2006 de l’enquête, année où les Mexicains déclaraient que leur principale motivation était qu’ils se sentaient obligés de lire. En outre, il est important de souligner que l’enquête la plus récente indique que 10,9 % des répondants lisent des ouvrages à leurs enfants dans le but de les inciter à lire, ce qui reflète ainsi la nouvelle importance qu’accorde désormais la population mexicaine à la lecture.

Par ailleurs, la principale raison évoquée par les Mexicains qui ne lisent pas est le manque de temps (79,9 %). Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les Mexicains travaillent plus d’heures par année (2 327 heures) que les habitants d’autres pays comme l’Espagne (1 638 heures) ou l’Islande (1 835 heures), pays où la part de lecteurs est plus élevée. Un autre point à garder à l’esprit est que, selon un rapport de Regus, les Mexicains ont un temps de déplacement moyen de 1,5 heure. À la lumière de ces éléments, il est intéressant de noter que seulement 14,6 % des répondants affirment ne pas lire en raison de leur aversion pour la lecture.

L’analyse de ces résultats nous permet d’avoir une meilleure compréhension des lecteurs mexicains. Ils forment un groupe diversifié et très large de lecteurs de plus en plus enthousiastes, qui profitent des nouvelles perspectives en matière de lecture favorisées par l’émergence des réseaux sociaux. Bien que les considérations de temps, de lieu et de ressources continuent d’être des obstacles à la satisfaction des goûts de lecture des Mexicains, il existe à n’en pas douter un nouvel appétit pour l’alphabétisation et la lecture parmi la population mexicaine.

2017-01-31 | Export, Guides de marché