Conférence Quantum de la Foire du livre de Londres : 2e partie

Nous sommes de retour aujourd’hui avec d’autres réflexions à propos des séances qui ont retenu notre attention à la conférence Quantum du mois d’avril dernier, qui s’est tenue à la Foire du livre de Londres. Dans ce dernier résumé, nous vous présentons un échange très intéressant qui s’est déroulé entre James Daunt et Stephen Page.

James Daunt, Waterstones, en conversation avec Stephen Page, Faber & Faber

Une des séances les plus instructives de la journée a eu lieu en début d’après-midi sous forme d’une franche conversation entre James Daunt, administrateur délégué de Waterstones, et Stephen Page, directeur général de Faber & Faber, qui se sont entretenus devant une salle bondée.

Monsieur Page, comptant parmi les éditeurs indépendants du Royaume-Uni les plus importants et les plus notoires, n’a pas eu peur de poser des questions délicates à monsieur Daunt, qui, de son côté, s’est montré franc quant aux défis qu’il a à surmonter en tant que responsable de la principale chaîne de librairies du Royaume-Uni, surtout en ce qui concerne la concurrence avec Amazon.

Lorsque monsieur Page a abordé la question de la situation du marché, monsieur Daunt a indiqué être relativement confiant. Après une année de croissance modeste sur le plan des ventes, il a mentionné avoir le sentiment d’avoir finalement réussi à créer un modèle de gestion profitable, la preuve étant que les clients fréquentent de plus en plus les points de vente. Monsieur Daunt a insisté sur le fait que Waterstones est une chaîne de librairies qui vend uniquement des livres imprimés et a expliqué que la conception d’un catalogue de livres numériques aurait engendré « un drainage et une dispersion des ressources », puisque, ce faisant, l’entreprise aurait perdu de vue son objectif premier qui est de vendre des livres imprimés.

Questionné au sujet d’Amazon, monsieur Daunt a répondu : « Est-ce que Amazon m’empêche de dormir? Bien évidemment, car, en tant que détaillant en ligne, il serait illusoire de penser que nous pourrions rivaliser avec eux. » Néanmoins, il a souligné que Waterstones peut offrir un autre choix essentiel à ses clients, qui, selon lui, est et devrait être à la fois logiquement et culturellement supérieur. Certes, les livres vendus par Waterstones sont en moyenne 25 % plus chers que les prix pratiqués par Amazon, mais ce que l’entreprise perd à cause de la concurrence sur les prix, elle le rattrape par l’expérience offerte. « Personne ne peut résister à l’attrait d’une excellente librairie », a-t-il dit, et Amazon ne peut pas remplacer ça. Le plaisir intrinsèque que retire une personne lorsqu’elle se promène dans une boutique ou qu’elle discute avec des libraires qui connaissent leur sujet et qui distillent leurs recommandations en fonction des goûts et des expériences personnels de chaque client est une chose que les données ne peuvent et ne pourront jamais remplacer.

Monsieur Daunt a toutefois concédé que Waterstones devra s’améliorer pour assurer sa survie. Au cours d’un des moments les plus sincères de la discussion, il a reconnu qu’un des plus gros défis auxquels est confrontée l’entreprise est qu’en fait, Waterstones est un employeur qui embauche des employés au salaire minimum. « La vente de livres a subi une métamorphose catastrophique au cours des dernières années », a-t-il mentionné, et il est difficile d’attirer des personnes intelligentes et exceptionnelles dans une perspective à long terme lorsqu’on ne peut leur offrir que le salaire minimum.  Monsieur Daunt a admis qu’il devient alors particulièrement difficile d’embaucher des personnes très brillantes, mais, en même temps, il a découvert que les quelques personnes qui s’engagent avec l’entreprise pour le long terme sont là, car elles aiment vraiment le travail qu’elles font et qu’elles ne pourront pas retrouver cela ailleurs. Un fait connu et vécu, j’en suis certain, par de nombreuses personnes dans le monde de l’édition.

Au moment d’évoquer des améliorations possibles, monsieur Daunt a soulevé un autre aspect intéressant : toutes les descriptions des ouvrages qui se trouvent sur le site Web de Waterstones sont identiques à celles publiées par l’éditeur et qui figurent également sur le site de Nielsen. Ces descriptions uniformes semblent être en décalage par rapport au fondement même de l’entreprise, qui réside dans le service personnalisé et la recommandation de livres en fonction de chaque consommateur. Peut-être serait-ce quelque chose à travailler au cours des années à venir, a conclu monsieur Daunt.

2016-05-17 | Événements, Foires du livre