Ouvrir la porte à la diversité : allocution d’ouverture et table ronde à TechForum

Lecture hall set up for a presentation

La diversité et l’accessibilité ont été les grands mots à la mode lors de l’édition 2018 de TechForum, qui a vu notamment un groupe de discussion restreint aborder la question de la création d’une dynamique interne pour les livres, de même qu’un groupe de discussion animée sur l’équité. Quelque soit le thème abordé par les présentateurs, à savoir les produits, la promotion, les ventes au détail ou le domaine du numérique, la mouvance commune à toutes ces discussions était la volonté d’aider le monde de l’édition à s’améliorer et à exceller. Ce thème sous-jacent a été établi dans une large mesure par les deux allocutions d’ouverture de la journée.

Voici un résumé de ces allocutions d’ouverture à Toronto. Nous publierons d’autres résumés et aperçus au cours des semaines à venir, afin d’exposer les dernières nouvelles en matière de recherche et de tendances. Soyez à l’affût!

 

Allocution

Conférencière : Saadia Muzaffar, fondatrice de TechGirls Canada

TechForum a confié l’allocation d’ouverture à Saadia Muzaffar, fondatrice de TechGirls Canada, plateforme centrale pour les femmes canadiennes évoluant dans le domaine des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. En plus de ses activités chez TechGirls Canada, madame Muzaffar a récemment rédigé un manuel sur la diversité, intitulé « Change Together ».

Madame Muzaffar avait deux grands messages à communiquer à l’auditoire, qu’elle a transmis par l’entremise de deux histoires. Elle a raconté de quelle façon des voleurs ont pénétré dans sa maison lorsqu’elle avait neuf ans. Dès qu’ils sont partis, elle s’est précipitée à l’étage pour s’assurer que ses livres étaient hors de danger (ils l’étaient). Ce qu’elle voulait dire, c’est que ses livres étaient sacrés pour elle. Bien que ce sentiment soit répandu chez de nombreux amoureux des livres, dans notre monde qui voue un culte à l’efficacité ou à la production maximale en un minimum de temps, madame Muzzafar craint que l’édition ait perdu de vue le côté sacré – le « pourquoi » – des récits. Le « quoi » et le « comment » en édition sont évidents, mais en mettant l’accent à nouveau sur le « pourquoi » et en essayant de renouer avec sa mission première, madame Muzzafar pense que l’édition sera d’autant plus en mesure de s’adapter et de survivre dans ce monde en constante évolution.

Madame Muzaffar propose une nouvelle vision pour le secteur de l’édition. « Nous avons besoin de vous pour nous aider à faire connaissance les uns avec les autres, afin que ce soit plus difficile de se cataloguer mutuellement ». Les livres peuvent servir à contrer les lieux polarisés dépourvus de réflexion créés par la reproduction aveugle du culte de l’efficacité. En effet, les livres peuvent encourager et autoriser la complexité et la nuance. Madame Muzaffar a illustré ce dernier point avec l’histoire vraie d’une personne propriétaire de cinéma transgenre qui habitait une petite ville. Cette personne vivait peu à peu sa transition, en se vernissant les ongles et en portant des talons hauts. La ville, petite et conservatrice, a réagi en acceptant la situation. Pourquoi? Parce que ses habitants connaissaient la personne et son histoire, et ainsi, il était plus difficile pour eux de lui apposer une étiquette.

Les histoires sont importantes, a souligné madame Muzaffar, et l’édition court le risque de perdre de vue pourquoi il en est ainsi. Mais, en faisant volontairement preuve de bienveillance, d’équité et de diversité, l’édition peut transmettre de puissants messages qui peuvent réprimer notre sentiment collectif de dystopie, d’un seul futur inévitable, et ainsi ouvrir la voie à de multiples réalités possibles.

 

Table ronde : La place des femmes dans l’édition

Conférencières : Saffron Beckwith (présidente, Ampersand Inc.), Bhavna Chauhan (rédactrice en chef, Doubleday Canada),  Scaachi Koul (rédactrice principale, Buzzfeed), Christen Thomas (directrice générale, Literary Press Group)

Animatrice : Kristin Cochrane (présidente et éditrice, Penguin Random House Canada)

Les cinq femmes sont montées sur scène avec l’intention d’avoir une discussion franche sur les difficultés et les occasions auxquelles les femmes sont confrontées dans le domaine de l’édition aujourd’hui. La discussion s’est amorcée sur les défis d’ordre général auxquels se heurtent les femmes et s’est rapidement transformée en une discussion approfondie sur les problèmes rencontrés dans ce secteur par les femmes de couleur. Le grand débat a débuté sur des sujets comme le sexisme ambiant sur le lieu de travail, le fait de ne pas être invitées à se prononcer lors de réunions ou encore l’emploi de la civilité « Monsieur » dans des courriels s’adressant à des femmes gestionnaires ou directrices. Les participantes de la table ronde et de nombreux membres de l’auditoire ont déclaré être déconcertés que ce genre d’expériences persiste encore à notre époque. Comme l’a indiqué Saffron Beckwith, « Vous versez un salaire à ces personnes; pourquoi ne voudriez-vous pas entendre tout ce qu’elles ont à dire? »

Les participantes à la table ronde ont identifié un obstacle majeur pour les femmes du secteur de l’édition : le syndrome de l’imposteur. Les femmes se battent pour revendiquer leur place dans l’édition. Bhavna Chauhan pousse l’idée encore plus loin, évoquant son expérience du syndrome de l’imposteur dans le secteur de l’édition en tant que personne appartenant à une minorité : « Peu importe où je me trouvais, j’étais l’une des rares personnes de couleur. J’ai appris à m’effacer. J’avais l’impression d’être sur leur territoire avec un grand T. »

L’expérience des minorités dans les bureaux d’édition a été le sujet phare pendant le reste de la rencontre. S’appuyant sur l’observation de madame Chauhan, Scaachi Koul a déclaré en désignant l’ensemble de la salle : « Vous n’embauchez pas de femmes de couleur. Nous devrions tous être embarrassés de voir à quel point cette salle est à majorité blanche ». Madame Koul a expliqué comment les femmes de couleur ont été conditionnées pour croire qu’une seule d’entre elles se retrouvera dans la salle, créant ainsi une compétition malsaine. D’accord sur ce point, madame Chauhan a ajouté que l’édition semble inaccessible aux minorités. Il est difficile pour ces dernières d’entrer dans ce secteur, si l’on tient compte des exigences en matière d’éducation et de stages ainsi que les obstacles financiers connexes. Une fois que ces femmes réussissent à se faire une place dans le secteur, elles ressentent le besoin de se faire discrètes, parce qu’elles devraient déjà être reconnaissantes d’avoir pu y accéder.

Les obstacles auxquels sont confrontées les minorités ne font que s’accumuler lorsque ces dernières entrent sur le marché du travail, surtout en raison d’un manque de formation systématique. Mesdames Koul et Chauhan ont mentionné avoir vécu de l’isolement et un manque d’aide de la part de leurs collègues, en plus de ressentir une pression supplémentaire pour soutenir des idées nouvelles. Les minorités se doivent de trouver un équilibre entre le fait de vouloir légitimer leur carrière et leurs opinions, et celui de ne pas vouloir faire de vagues dans un milieu qui n’est pas totalement le leur.

Au terme de la séance, les participantes à la table ronde ont élaboré quelques avenues de solutions concrètes pour aider toutes les femmes à réussir :

  • Mentorat : l’ensemble de la table ronde s’est entendu pour dire que davantage de soutien est nécessaire de la part des supérieurs dans le secteur, et que l’édition se doit de s’améliorer pour accroître ses ressources et les occasions. Le mentorat est également utile pour combattre le syndrome de l’imposteur ainsi que l’isolement que peut provoquer le fait d’être la seule personne de l’organisation à appartenir à une minorité.
  • La formation doit devenir systématique au sein du secteur à compter du premier jour, et les nouveaux venus doivent recevoir les ressources nécessaires à leur succès, et pas seulement se voir attribuer un bureau puis être laissés à eux-mêmes.
  • Étudier les façons d’aider des employés potentiels à surmonter les obstacles financiers qui vont de pair avec les débuts en édition.
  • Considérer l’embauche à partir de nouveaux bassins et communautés, comme l’embauche d’étudiants en coop par l’entremise de programmes scolaires.
  • Quotas : lorsqu’il est question de diversité, dans les catalogues ou parmi les membres du personnel, madame Koul a suggéré l’emploi de quotas, en ajoutant : «  Je n’aime pas les quotas, mais rien d’autre ne fonctionne ». Il peut être lourd d’être la seule personne appartenant à une minorité dans une pièce, et ainsi, le mentorat et l’embauche plus diversifiée peuvent tous deux contribuer à rendre le secteur de l’édition plus accueillant.
  • Soyez accueillant; ne cataloguez pas les personnes.

 

2018-05-17 | Événements, Non classifié(e)