Pleins feux sur l’Inde, pays invité d’honneur à la Foire du livre de Guadalajara 2019 – Le marché de la traduction

Cette année, l’Inde sera le pays à l’honneur à la Foire internationale du livre de Guadalajara (du 30 novembre au 8 décembre 2019). Pour vous aider à parfaire vos connaissances sur ce marché en pleine effervescence avant de faire vos valises, nous partagerons avec vous, au cours des prochains mois, des extraits de notre guide de marché sur l’Inde préparé par l’experte-conseil Jaya Bhattacharji Rose. Aujourd’hui, nous vous ferons part de ses réflexions sur l’importance de la traduction dans le marché du livre indien.

Le sous-continent indien se déploie en un vaste réseau de langues et, ipso facto, d’identités culturelles distinctes. Bon nombre d’Indiens maîtrisent deux, voire trois langues. Ils ne lisent pas uniquement la littérature issue de leur langue maternelle, mais aussi celle d’autres langues qui aura été traduite vers celle-ci, choisissant même parfois, lorsqu’ils en ont la possibilité, de se procurer le même ouvrage dans plus d’une langue. La littérature internationale est traduite en malayalam, en bengali et en marathi depuis plusieurs dizaines d’années. Pendant longtemps, le marché de la traduction d’une langue régionale vers une autre était si porteur que les éditeurs locaux ne ratissaient pas à l’extérieur de leur région. Ce n’est que récemment que l’on a vu apparaître de plus nombreuses traductions vers l’anglais; de fait, de nombreuses maisons d’édition anglophones ont lancé des listes spéciales de traduction. Celles-ci se composent inévitablement de titres reconnus – tous genres confondus – que l’on aura traduits de diverses langues vers l’anglais. Malheureusement, même en retenant les services des meilleurs traducteurs, il n’est pas toujours possible de traduire adéquatement le dialecte et les nuances de la langue source; plus particulièrement, l’anglais ne pourra jamais rendre toutes les significations et références que recèlent les ouvrages d’origine. Par exemple, la traduction de l’auteur tamil primé Perumal Murugan – dont les personnages s’expriment dans divers dialectes, selon leur région natale – n’est pas une mince affaire. Tout lecteur tamil devinera systématiquement le contexte social du texte, ce qui enrichira la texture du récit, mais la traduction, bien qu’elle ait été effectuée avec dextérité et d’ailleurs primée, perd ces nuances. On ne met pas ici en cause le talent du traducteur, mais bien les limites de l’anglais pour bien rendre la culture tamile.

Il n’en demeure pas moins que la traduction constitue un secteur florissant du marché de la publication en Inde : traduction de la littérature indienne en d’autres langues indiennes, de la littérature internationale en langues indiennes, et de la littérature indienne en anglais et d’autres langues internationales telles le français, les langues nordiques, le turc et bien d’autres. Jusqu’à il y a quelques dizaines d’années, peu d’éditeurs locaux s’intéressaient à la publication de traductions d’ouvrages indiens. Les quelques exceptions concernaient les auteurs de renom et étaient habituellement entreprises par des presses indépendantes comme KATHA, Zubaan, Women Unlimited, Stree Samya, Permanent Black et Seagull Books.

Dans les années 1980 et 1990, deux firmes – Oxford University Press et Macmillan – s’attelaient déjà à la traduction en Inde. Les 37 longs ouvrages publiés par Macmillan ont vu le jour entre 1996 et 1999. Aujourd’hui, Penguin Random House India, HarperCollins India, Hachette India, Orient Blackswan et Westland (une compagnie d’Amazon) produisent des traductions. En fait, Oxford University Press India vient d’annoncer un nouveau programme de langues indiennes, dans l’espoir d’accroître sa gamme de produits destinés à un public dont la langue maternelle n’est pas l’anglais. Les éditions Seagull Books disposent d’une liste indienne – ils publient des titres traduits de langues indiennes, ouvrages qui, grâce à une entente avec University of Chicago Press, sont immédiatement disponibles sur le marché international. Des éditeurs ont même désormais des marques dans différentes langues indiennes. Nombre d’entre eux commencent par traduire les plus grands titres hindi à l’intention d’un plus vaste public – c’est d’ailleurs le cas de Harper Hindi. Même la firme indienne Westland (récemment rachetée par Amazon) a lancé une liste en hindi en 2016. D’importants programmes de traduction sont aussi présents dans le sud de l’Inde : l’Université Dravidian détient une liste de traduction du telugu à l’anglais, Manipal University Press publie des traductions, et l’Université Kannada, à Hampi, détient une liste de classiques traduits du kannada vers des langues étrangères et vice-versa.

L’un des plus astucieux programmes mis au point est celui de l’Université Thunchan Ezhuthachan Malayalam. L’université choisit divers titres et auteurs et les fait traduire vers l’anglais, puis établit des ententes avec des éditeurs privés prêts à co-publier les traductions. L’université apporte sa collaboration au processus en se procurant 300 exemplaires du titre traduit; en retour, les maisons d’édition publient le logo de l’université et son énoncé de mission au début de l’ouvrage. Orient Blackswan, Navayana, Women Unlimited, Yoda Press, Oxford University Press, Juggernaut Books et Niyogi ont tous participé au programme.

La plupart des éditeurs indiens proposent des traductions de titres internationaux, que ce soit en publiant dans leur langue locale ou en publiant une édition indienne d’une traduction vers l’anglais. Par exemple, l’éditeur DC Books (malayalam) dispose d’un modèle unique : en plus de proposer la traduction de divers titres, il mène de fructueuses campagnes de précommande pour s’assurer de couvrir ses frais. Dans l’État du Kerala, où l’on parle malayalam, il existe depuis des dizaines d’années un réseau de traduction prospère; les traducteurs de la région bénéficient régulièrement d’ateliers et de projets de formation continue. Ce modèle ne se retrouve toutefois nulle part ailleurs au pays. La maison d’édition Kalachuvadu a traduit de nombreux titres internationaux vers le tamil. Full Circle, de même que sa marque pour enfants, Tota Books, a traduit des ouvrages du français vers l’anglais et publié les livres en Inde à prix abordable. Speaking Tiger propose une liste soigneusement constituée d’ouvrages de fiction de choix et de nombreux auteurs primés. Seagull Books, fondé par Naveen Kishore – figure légendaire de l’édition, possède aussi une liste enviable d’ouvrages internationaux initialement publiés notamment en France, en Allemagne, en Afrique, en Italie, en Suisse et dans le monde arabe.

La traduction de la plupart des titres internationaux destinés au marché du livre en Inde bénéficie de l’appui financier de divers pays. À titre d’exemple, l’ambassade de France en Inde dispose d’un programme de traduction particulièrement opérant, le Tagore Publication Assistance Program. Trois fois l’an, ils sondent l’intérêt des maisons d’édition pour les titres français et proposent des subventions. Des programmes similaires existent également pour la littérature norvégienne, turque et allemande.

Vous souhaitez en savoir plus sur ce marché florissant ? Téléchargez notre guide intégral intitulé Selling Canadian Books in India. Ce guide n’est disponible qu’en anglais.

 

2019-11-07 | Foires du livre, Guides de marché